Somnus

Publié le par Tmnath

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9.

3 heures ont passé. Le soleil a depuis longtemps disparu, ce qui lui permet de rester dans la chambre autant qu'elle le désire. Comme à son habitude, l'hôpital est calme. Elle est sans doute la seule conscience éveillée à cette heure. Le corps sur le lit ne bouge pas. La sienne aussi, qui sait. Elle ne peut s'empêcher de l'observer depuis la dernière fois. Elle se dit que plus elle le regarde, plus elle pourrait le comprendre. C'est aussi le seul moyen pour elle d'obtenir quelques réponses depuis qu'il a sombré dans les ténèbres.

Un grattement dans la pénombre lui indique que le borgne est revenu. Il passe régulièrement, même si il est plus résigné qu'elle sur son état. Il s'installe encore dans le fauteuil du fond.

Elle a pris l'habitude de parler à tous ses patients, dans le coma ou non. Le borgne, elle le connaît plutôt bien maintenant, ça ne le surprendra pas.

- Qui es-tu ?

Elle donne l'impression d'attendre une réponse de lui.

- Tu es le seul qui est à même de me comprendre. Et te voilà là où personne ne peut venir te parler. L'ironie, toujours l'ironie. J'aurais pu enfin savoir pourquoi contempler l'aube est la seule chose qui me fait me sentir vivante. Peut-être que plus loin, tu m'aurais dis ce qui me pousse à me lever chaque matin pour venir travailler ici. Je ne suis que le fantôme de ce que je n'ai jamais été. Les rares moments de grâce que je trouve parmi la nature sont d'une telle puissance qu'ils mettent de plus en plus à mal ma compréhension de la vie. Je t'en prie, tu peux sentir ces sensations. Dis moi, dis moi pourquoi.

Elle garde une voix monotone, se retenant de laisser ses émotions noyer sa voix.

- Ce n'est pas le messie, vous savez.

Le borgne se redresse sur l'accoudoir pour parler.

- Ce n'est qu'un gosse paumé, comme nous tous à notre façon. Il a apparemment réussi à comprendre quelque chose en observant le soleil se lever sur sa ville. Ça devait être d'une puissance formidable, pour qu'il finisse là.

Elle tourne légèrement la tête vers lui :

- Depuis toutes ces années où j'erre sans but, j'avais trouvé quelqu'un qui me ressemblait. Je suis las de mener cette vie.

 

L'homme dans l'ombre s'apprête à dire quelque chose, mais il est interrompu par les alarmes près du lit. L'électrocardiogramme est à zéro.

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Khamsou 15/12/2010 16:31


T'inquiètes pas, t'es pas seul. ;)