Solus

Publié le par Tmnath

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  4.

 

Le silence absolu.

Une part de mon âme sera à jamais plongée dans les ténèbres, mais plus pour très longtemps. Je dors peu dernièrement, mon corps souhaite profiter de ses derniers instants conscients, avant de ne plus jamais pouvoir l'être. Deux jours ont passé déjà. Volets fermés, seul dans l'obscurité, puis volets ouverts, prise de sang, batterie de tests. Lumière ou pas, sans sons le monde est pour moi de la même fadeur à longueur de journée. Bien sûr, Lili est mon point d'accroche. Balayant ma torpeur, irradiant mes cellules, ressuscitant mes neurones morts.

Elle parlait encore, au début. Elle prononçait des mots involontairement, en me voyant, ou en repartant. Frappée par une bourrasque, elle se ressaisissait alors et plaçait des mains devant sa bouche, retenant un hoquet. Non pas que cela me gênait. Chaque mouvement de lèvres de sa part faisait ressurgir en moi le souvenir de sa voix. Des sons, je n'en avais plus que le souvenir. Une étrangeté puissante régnait en moi, mon cerveau chancelant essayant d'associer cette mémoire auditive à mon sens déchu. Le timbre vocal de Lili subsistait encore mais avait perdu une partie de sa substance. Je le sens, inaccessible, de plus en plus flou. Je dois passer le plus de temps possible avec elle, avant que je n'oublie à jamais ce morceau de sa perfection.

On reste des heures à se regarder, parfois à s'écrire. Il me semble que le lien entre nous s'est renforcé. Ces activités nous donnent un point commun supplémentaire et un moyen de partager des choses. On rit aussi plus souvent qu'avant, et j'en ai foutrement besoin en ce moment. C'est un exercice mental assez compliqué, de mettre de côté la fatalité pour réussir à rire.

 

Actuellement, je suis seul. J'aimerais tellement pouvoir équilibrer cette solitude avec les visites de Lili, mais elle ne peut rester indéfiniment. J'ai tellement de temps pour moi que mon esprit s'égare. Je réfléchis bien mieux dans le noir, je pense à la vie, surtout à la mort, et à toutes ces choses que je ne connaîtrai jamais. Je dois être dans une phase de dépression, quelque chose comme ça, puisque rien ne m'atteint. Je n'aurai jamais d'enfants, je ne les verrai pas grandir. Je ne ferai jamais le tour du monde, je n'ai plus que mes souvenirs pour voyager. Plus de musique, à jamais les murs de ma chambre resteront gris et noir, mon imagination attendant en vain mon oreille, cadavre d'une muse.

 

Dans mon lent chemin vers la mort, que j'acceptais progressivement, il n'y avait que ça qui parfois, lorsque la solitude pesait plus que d'ordinaire, me faisait souhaiter l'accélération de mon destin funeste.

Ma vie pour un riff de guitare.

Publié dans Écriture

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Ta petite chieuse :D 06/10/2010 19:20


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