Pluvia

Publié le par Tmnath

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2.

 

Déjà à plat. En fin de compte il aura tenu encore moins que ce que j'espérais. Quelle blague en plus, je suis à peine à 10 mètres de la maison. Je prends la vélo à une main et rebrousse chemin. Ils sont visiblement vite retournés à leurs occupations après mon départ. Bon, je n'ai pas spécialement envie de les déranger, et surtout de les voir. Je dépose le vélo devant la porte d'entrée. Finalement une bonne marche me fera tout autant du bien. Je descends d'un pas leste le perron et m'arrête pour regarder autour de moi. Le quartier n'a pas changé. Je reste quelques secondes les yeux perdus dans le vague avant de me mettre en route. La pluie ne va pas tarder, j'ai intérêt à atteindre la gare avant ça.

 

Tout passe plus vite lorsque je suis perdu dans mes pensées, il en va de même pour le chemin. Je lève les yeux pour inspecter les alentours, avant de retenir mon souffle. Mon corps a conservé ses vieux réflexes, on dirait. Je suis devant sa maison.

Tétanisé, mon esprit s'enflamme et la douleur à la poitrine revient. Combien d'années que je ne l'avais ressenti celle-là. Dans un sursaut, je pivote les pieds et mes jambes fuient avant que l'envie ne me prenne. Mes jambes savent aussi prendre de bonnes décisions, finalement.

La pluie commence à s'accélérer, suivie par mes pas. Pourquoi ? Pourquoi après tout ce temps je commets l'erreur de revenir. Merde !

Une bonne baffe de la main droite me remet les idées en place. Je ralentis ma course. Je ne dois surtout pas laisser mon esprit s'égarer sur ce terrain dangereux. J'ai consciencieusement passé toutes ces années à m'entrainer, pour ne plus y penser, et un simple moment d'égarement fini par ébranler toutes les bases. Quel est l'intérêt de fuir si je suis suffisamment con pour retourner à mon point de départ ?

La gare est finalement en vue. Je termine mon marathon dans le hall. Mes vêtements trempés ne me dérangent même plus, avec l'habitude. La foule se presse de toute part, absorbée par leurs objectifs, leurs vies et leurs familles. Je dénote, je n'ai rien de tout ça. Et je dénote aussi parce que mes vêtements crachent des litres d'eau. Bon, pas le temps de s'attarder sur les mêmes sentiments se répétant indéfiniment. Je fouille dans la poche intérieure de ma veste. Ils sont bien au sec, c'est tout ce qui compte après tout. Le petit claquement familier m'indiquent que je les ai eu. Je sors les dés pour les admirer. C'est bien la seule chose qui se rapproche d'un membre de ma famille. Le son est rassurant, ils changent ma vie et sont ce qu'il a de plus cher à mes yeux. Oui, une vraie famille.

 

Je m'accroupis dans un crissement et effectue un beau lancer sur le sol noyé. Les gens sont tellement pressés que personne ne me remarque. Les cubes enrobés d'eau indiquent neuf. Je les ramasse, les sèche sur mon pantalon et les approche de ma bouche pour y déposer un baiser bien mérité.

   - Merci les gars.

 

Voie neuf, voie neuf ... La panneau d'affichage m'indique que mon train de la voie neuf part dans 5 min. Juste à temps.

 

Inlassablement, la paysage défile comme dans un rêve, déformé par les gouttes. Le bruit régulier du train m'apaise, comme une voix familière. Je ne me sens heureux qu'en mouvement, vers un nouvel ailleurs inconnu mais sûrement mieux. Et plus je suis loin d'elle, plus mon esprit est calme et serein. Le pays passe avec une odeur d'air recyclé. J'appose ma tête contre la vitre pour sentir les vibrations du trajet, pour me sentir bien, et vivant. Subjugué par tant de paix, je finis par m'endormir.

Une fois réveillé, je vois que le pays ne défile plus, et que le rêve s'est interrompu en même temps que mon sommeil. Le soleil est revenu et tape de plein fouet sur ma tête. Sûrement un problème sur la voie, ou un problème mécanique. La plupart des voyageurs de la voiture se sont levés pour aller observer le déroulement des opérations à travers les vitres de l'autre côté. J'ai bien choisi ma place finalement. Mais ce genre d'incident arrive fréquemment, et ils sont rarement passionnant à regarder. Je promène mon regard sur l'extérieur, essayant de faire bouger le train avec mon esprit. En tout cas j'ai bien dormi.

   - Quand va-t-on repartir ? J'ai une importante conférence à laquelle je dois être sans tarder.

 

Je regarde le jeune homme qui vient de se lever. Le contrôleur n'a pas fini d'entendre ce genre de phrases. Néanmoins, le jeune homme est la dernière chose dont je me souvienne dans ce train. Juste après, un son venu de l'enfer a déchiré nos tympans et j'ai heurté violemment le siège en face de moi.

 

Le son m'est resté en tête jusqu'à ce que j'ouvre les yeux. Enfin, un œil. J'étais visiblement dans une chambre d'hôpital. Mes derniers souvenirs sont un peu flous. Je me souviens de l'arrêt du train, puis plus rien. En tout cas, ce n'est ni la première ni la dernière fois que je suis hospitalisé. Avec la vie que je mène, rien d'étonnant dans le fond. Je lève une main gauche engourdie pour toucher mon œil droit. Une gros bandage. Rien de grave j'espère. Je descends du lit pour me tester. Mon corps réponds bien, une chance. J'ai malgré tout des bleus un peu partout, mais je suis vivant, quoi qu'il ait pu m'arriver. Bon, chercher une infirmière ou attendre qu'elle vienne. Je m'avance doucement jusqu'à la porte de la chambre et l'entrouvre. Le couloir est presque désert, et à en juger par mes volets fermés, il doit être tard.

 

Quelques chambres plus loin, un homme se tient devant une porte, prêt à entrer, suivi de près par une jeune fille en pleurs. Ils pénètrent rapidement dans la pièce, me laissant juste le temps d'apercevoir un jeune garçon avec un gros bandage sur la tête.

Publié dans Écriture

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Kahlan 10/08/2010 15:17


Très sympa, l'idée d'entremêler les nouvelles comme ça !


Tmnath 10/08/2010 22:40



Je trouve aussi :b