Labýrinthos

Publié le par Tmnath

Textes précédents

 


  5.

 

« Tout a commencé par une rupture. La première. La plus dure.

J'ai perdu pied, je suis tombé de la vie. Cette relation me permettait de ne pas penser à toutes ces questions, auxquelles au final je pensais depuis toujours. En particulier, la Question : pourquoi ?

Je suis maintenant seul, pourquoi devrais-je continuer ? Me lever chaque matin, me laver, travailler, puis revenir, dormir. Et ainsi de suite, indéfiniment, jusqu'à usure totale. Voir défiler tous les printemps jusqu'au dernier, se battre pour vivre et finalement se faire battre par la vie. Ne laisser qu'une mémoire éphémère, puis disparaître à jamais. Une poussière dans l'univers. Sincèrement, quel est l'intérêt ? On se battit des buts, des envies, des besoins. Qui au final ne mènent à rien. L'ambition ou la recherche du bonheur ne sont que des voiles de brume masquant le néant. Paniqué par la mort, l'homme se détourne de sa peur en s'inventant un labyrinthe dans lequel il est censé vivre, avançant le plus rapidement possible, se sachant poursuivi par une fin. Pour rencontrer une impasse et faire face au destin humain.

Je ne veux pas me hasarder dans mon labyrinthe, je veux connaître la voie, savoir où aller. L'enjeu mérite-t-il mes efforts ? Parlez moi, donnez moi le sens de la vie. »

 

Alors que j'étais simplement censé ouvrir la conversation avec lui, je me suis laissé emporté, comme toujours. J'espère qu'il ne m'en voudra pas d'avoir monopolisé son temps. Je lui tends le bloc-note. Dans la pénombre, j'entrevois sous des sourcils brûlants une lueur pleine de gratitude. Il semble heureux de pouvoir discuter, et je ne le comprends que trop bien. Le seul voyage qu'il peut à présent faire est celui de la pensée, il souhaite sans doute démêler quelques nœuds de la vie avant de la quitter. Il lit ma feuille avec une avidité nouvelle et s'arrête quelques instants après la dernière phrase, comme s'il cherchait à en mesurer tout le sens, préparant en même temps sa réponse. Puis il m'arrache le stylo des mains et griffonne avec passion ce qui sera sûrement l'échange le plus intéressant de ma vie. Plus je le regarde, plus le cycle semble s'être inversé. La vitalité regagne ses veines à mesure qu'il me donne sa version du Tout. Un véritable miracle. Il me présente son œuvre avec le même regard dans lequel je distingue surpris de la malice et de l'excitation, celle de l'auteur qui cherche à plaire à son public.

 

« Je ne le comprends pas. Je sens ma fin arriver, pourtant je n'ai jamais été aussi serein. Je suis au-delà de l'acceptation. J'aimerai ressentir du dégoût, de la peur, avoir le souffle court en pensant à ma situation et gagner une rage de vaincre supérieur à l'entendement. Mais je demeure calme, détendu. Votre texte m'a touché car il me permet de progresser dans la compréhension. J'ai peut-être saisi le fait qu'il n'y a rien à attendre, que survivre ne serait que retarder la fatalité.

Voyez-vous, j'aime une fille autant que l'on peut aimer. Mais je la connais mieux qu'elle ne se connait elle-même, et je sais que je n'aurai jamais le même amour en retour. Il m'a fallut beaucoup de temps pour accepter cet état des choses, mais c'est comme ça. Rester, continuer de respirer ne m'apporterait qu'un lot de douleur supplémentaire.

Je mets la mort sur un pied d'égalité avec la vie. Elles sont chacune dénuées de sens. »

Publié dans Écriture

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Khamsou 10/10/2010 22:30


Pauv' gars.

C'est le sourd j'imagine ?

J'ai un peu de mal à voir où tu veux en venir en mélangeant ces trois personnages... Mais je te fais confiance, rédige-nous vite un nouveau chapitre !


Tmnath 11/10/2010 20:46



J'ai bien un but précis, tu vas voir prochainement.


Par contre pour le "rédige vite", je vais faire ce que je peux :b