Je t'aime, toi aussi

Publié le par Tmnath

Il y a longtemps tu m'as demandé ce qu'était la différence entre l'amitié et l'amour. Il apparait qu'il existerait donc certaines personnes ne faisant pas la différence entre les deux. Je ne m'attarderai pas sur les causes, que ce soit d'avoir trop baigné dans l'un ou pas assez dans l'autre, je me contenterai d'exposer mon point de vue.

 

       La limite pour certains est mince. Pour d'autres les confondre est une aberration. Il s'avère que les symptômes de l'amour et les caractéristiques de l'amitié ont en effet des points communs. Pardon d'aborder ce sujet de manière si théorique, je ne vois pas vraiment d'autres moyens.

Je tiens à quelqu'un. Vous tenez à quelqu'un, nous tenons à des gens. Le lien qui nous unis à plusieurs personnes. Souvent par affinités, parfois sans aucune raison. Je suis bien avec toi. Tu es donc mon ami. S'entourer de gens qu'on apprécie pour avoir toujours un sujet de conversation, pour n'être pas seul. Pour se sentir exister.

Pour s'amuser aussi. Toujours en avoir plus. En connaitre un maximum. Tellement de personnalités, de styles différents. Se créer une toile, une immense toile où l'araignée se nourrit de moments passés ensemble. Vivre avec eux, partager et grandir. Compter sur eux.

 

Soudain, pourtant, tout à coup, et là, au milieu. Une différence. Elle est différente des autres. Il se peut qu'elle ait les mêmes goûts que moi, ou pas, peu importe. Je me rapproche d'elle de la même façon, pourtant elle ne colle pas à ma toile. Elle la survole, évite le système et se pose près de moi. Au centre. Elle est différente. Je contemple pour le moment. Je réfléchis malgré l'inutilité de la chose. Ne pense pas, sens. Ressens-le. Petit à petit tu réalises que tu le sais. Tu sens grandir la différence, l'intérêt. Tu es intrigué. Pourquoi n'est-elle pas pareille ? Tu apprends à la connaitre alors. Tu laisses tes proies se défaire de la glu arachnéenne, tu es bien trop occupé pour les surveiller. Elles s'éloignent pendant que tu fusionne au centre la toile. Elle est toujours là, toujours différente. Putain ce que tu aimes la différence. Sa différence devient ta différence. Au final, c'est elle qui t'attire dans sa toile. Mais la sienne est tissée en ligne droite, elle ne colle pas. Elle te reçoit au lieu de te collectionner.

 

Puis vous devenez les maitres des toiles. Vous travaillez ensemble. Les proies reviennent, se mélangent. Ses amis rencontrent les tiens dans un nuage toujours aussi dense. Et toi, toujours au centre avec elle. Vous qui ne faites plus qu'un. Elle devient ta raison de te lever le matin pour aller tisser. Tu comptes sur elle pour te remonter le moral, pour écouter tes problèmes. Tu as une épaule pour avancer, pour rester en équilibre au milieu des fils. Quelqu'un à qui penser pour te réchauffer le cœur ou pour qui le faire mourir. Un espoir dans tous les moments telle une lune apparaissant doucement entre les nuages d'une nuit de tempête solitaire.

 

L'incarnation de ton sourire.

 

L'amour est-il vital ? Oui.

Mais il prend différentes formes et n'est pas trouvable au premier coin de toile. Se jeter sur la première proie ne collant pas aussi bien que les autres n'est pas la bonne solution. Tant qu'elle n'a pas atteint le centre nerveux de ton installation et qu'elle contemple à tes côtés la récolte, ne fais rien. Bien souvent, se tromper revient à soi-même rejoindre la captive sur la toile. Quitter le poste de commandement pour aller s'embourber dans le piège. Là est l'erreur. Je sais qu'un jour tu ne la feras plus. Malheureusement je ne serai plus là.

 

 

Revenons sur la métaphore.

                      Elle est parti. Un matin tu te réveilles doucement. La toile à tes côtés est froide. Un froid glacial qui pénètre la chair et s'installe dans le cœur. Tu as déjà compris mais il est trop tard.

Les fils se rompent et toi et tes proies tombez. Vous tombez.

La chute est interminable. Tout se mélange. Tu n'es plus en état de quoi que ce soit. Faites que cette chute ne s'arrête jamais. A tes côtés il pleut. Dans ta chute se mêlent des trombes d'eau qui comme toi vont de plus en plus bas.

Les jours passent dans la miasme de la descente puis soudain tout s'écrase. Les larmes, les amis, toi. Tu atteins ta propre toile laissée sans vie depuis des mois. En tombant tout reprend sa place. Tu ne te relève pas. Tu vis dans l'obscurité de la couche de poussière accumulée sur ton ancienne vie.

Pourtant le temps file et avec lui les mois.Tu finis par relever la tête. Tu ouvres vaguement les yeux pour constater l'état de la situation actuelle. Un sentiment familier t'envahit vite confirmé par l'ordre parfait des choses autour de toi. Toi qui pensais perdre la vie ou te l'ôter, tu te rends compte qu'elle t'attendait sagement à tes pieds. Mais ce n'est plus la vie qui t'intéressait, plus celle-ci. C'est cependant la seule que tu as alors tu fais avec. La monotonie revient, le cycle des jours tourne et le flux reprend son rythme. Avec tes 8 pattes tu ramasses les morceaux de ta poitrine déchirée pour tenter de refaire le puzzle de tes sentiments. Tu ne cherches pas vraiment à comprendre, tu t'apaises simplement de temps en temps en pleurant.

On n'arrête jamais d'aimer, on apprend simplement à vivre sans.

 

 

Parfois les soirs de pleine lune lorsque le ciel est dégagé, tu lèves la tête. Au loin dans le halo du satellite blanc tu aperçois une toile que tu connais par cœur. Un profil, aussi. Tu la revois là-haut.

Mais elle n'est pas seule. Il y a avec elle la forme d'une mouche. Elle ne se trouve pas au centre, elle tisse avec une proie. Un sourire qui n'apparait même pas sur ton visage te fait penser que tu n'es plus le seul à te tromper et qu'en fin de compte tu ne l'as jamais été.

 

Mais tu ne peux plus la regarder. Déjà tu détournes la tête car ta poitrine recommence à se déchirer.

Publié dans Billets

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Commenter cet article

C. 22/10/2010 20:13


C'est très certainement l'article le plus triste de ton blog, mais aussi le plus beau, le plus émouvant et le plus touchant...


Xawow 27/04/2010 14:13


Je t'ai mis dans les liens externes de mon petit blog =D


Tmnath 27/04/2010 15:19



Merci choupinou :)



kahlan 26/04/2010 17:01


Très bel article, difficile à commenter, tellement il est empli d'émotions. Mais je le fais quand même, parce que ça me touche, et je voulais te le dire, pas lire, puis partir sans rien dire.
Je comprends maintenant, quand tu disais que c'était ton article le plus triste.
Mais tout n'est pas figé, et tout n'est pas inéluctable.:)


Tmnath 26/04/2010 17:41



Merci du soutien :) Comme quoi c'est plus facile d'y mettre des émotions quand on raconte une histoire réelle.