Halloween

Publié le par Tmnath

*DULULULULULULU*

- Grrrmmblll. Putaiiiiiin.

 

*DULULULULULULU*

Je me lève douloureusement. La meilleure chose à faire c'est d'ouvrir, cette sonnette est pire que tout. Je traîne mon corps endolori sur les 100 mètres qui me séparent de la délivrance. J'ai la tête en feu, les guiboles lourdes et des vieilles remontées acides. La sonnerie est plus forte que jamais, j'ai l'impression qu'elle pénètre au fond de ma tête à tout jamais.

- QU'EST CE QUE C'EST ?

Pas de réponse.

- QUOI ?

Et merde. J'ouvre la porte. Devant moi, un zombie plus vrai que nature. Qu'est ce que ...

- ... Bonsoir monsieur, dit une jeune voix derrière le masque.

Je fixe le mort-vivant pendant quelques secondes sans répondre. Voyant qu'elle n'obtient pas de réaction, la créature précise ses intentions.

- Des bonbons. Des bonbons ou un sort, monsieur.

- Quoi ? Mais que ... Qu'est ce que tu racontes ?

- C'est Halloween monsieur. Vous savez, les toiles d'araignées, les sorcières, la tournée des maisons. Remarquez, vous faites tellement peur à voir que vous devez sûrement être au courant.

Je suis tellement dans les vapes que je ne prends pas la peine de relever le sarcasme. Putain, Halloween. Déjà ? J'ai l'impression d'être encore au début de l'automne pourtant. M'enfin, les jours passent tellement vite ces jours-ci.

- Euh, oui. Oui. Je vais voir ce que j'ai dans la cuisine. Entre si tu veux.

J'ouvre la porte en grand, je balaie du pied quelques carcasses de carton de pizza et j'allume la lumière de l'entrée. Ah ! La vache ! Mauvaise idée.

Je fuis vers la cuisine pour trouver de quoi me débarasser du monstre bouffeur de tranquilité. Quand je retourne dans le vestibule, je trouve le zombie en train d'empiler les détritus.

- Vous devriez faire plus de ménage, monsieur.

- Lâche ça ! J'ai pas le temps, sinon je le ferai.

- C'est vrai que vous avez l'air occupé.

- Bref. Voila pour toi.

J'ouvre le bocal et je verse l'ensemble du contenu dans le sac du gêneur.

- Monsieur, je ne veux pas déranger, mais ce sont des haricots secs, là.

- Que, quoi ?

Raaaah. Un peu de concentration nom de dieu.

- Ah, oui. Désolé. Je reviens.

 

Bon, où sont rangés les bonbons. Je n'aime pas ça, mais j'en ai toujours en réserve, histoire que les gosses qui jouent devant chez moi me lâche la grappe le week-end. Ça me fait passer pour un vieux pervers par contre.

- Tiens, cette fois-ci ça devrait être bon.

Je vois double. Ils sont deux chez moi maintenant, le loup-garou a rejoint son pote sur ma moquette.

- Vous êtes ensemble ? Parce que je n'ai que ça.

Je me tends vers le gourmand des cerveaux, mais avant que je puisse me délester, il s'écroule au sol, plein de convulsions.

- Merde ! Elle fait une crise !

Le loup-garou a retiré son masque de poils et s'est agenouillé près son amie. Il me jette un regard froid, voyant que je reste amorphe.

- Monsieur, appelez le SAMU !

Super, ma soirée est fichue.

- Je n'ai plus le téléphone en fait, j'ai oublié de le payer.

Le garçon réagit rapidement.

- Où se trouve l'hosto le plus proche ?

- Euh ... 5 min en voiture je crois.

- Vous avez une voiture ?

- Oui, mais ...

- Alors on y va ! Je vais devoir la porter. C'est mauvais pour elle de bloquer ses convulsions, mais on a pas le choix !

 

Il l'attrape par les bras et me regarde, histoire que je fasse la même chose.

On descend la rue jusqu'à ma voiture en portant le zombie vibreur. Les gens applaudissent à notre passage, croyant à un sketch. Quels cons.

L'hopital n'est pas très peuplé, c'est une chance. Je me trouve une belle place en salle d'attente pendant que l'homme-loup discute avec un médecin. Puis il vient vers moi.

- Merci pour le transport.

- Ouais, de rien. Y'en a pour longtemps ?

- Ça dépend de la gravité de la crise. Surtout que le transport est fortement déconseillé. Mais on avait pas vraiment le choix. Je reviens, je vais me chercher à boire.

Il s'éloigne et je me retrouve seul devant la vieille télé de l'hopital. Un présentateur mal habillé rit de bon coeur, puis regarde la caméra, et de son plus beau sourire décoche un "JOYEUX HALLOWEEN !" plus faux que sa montre. Un médecin s'approche de moi.

- Bonsoir monsieur, c'est vous qui avez transporté la jeune fille jusque ici ?

- Oui, en effet.

Ah, je vais sûrement pouvoir rentrer chez moi.

- Elle est morte monsieur.

 

Je me dirige vers la sortie de l'hopital. Le jeune garçon revient vers moi, me regarde et m'interroge du regard sur ce que m'a dit le médecin. Je l'observe au fond des yeux, lui sourit de toutes mes dents et lui murmure :

- Joyeux halloween.

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Még 10/11/2010 17:42


J'aime le coté glauque de la fin. ça change des "ils vécurent heureux et blablabla..."


Khamsou 02/11/2010 14:35


Ah merde, la fin est vraiment flippante pour le coup...