Facebook, pierre tombale 2.0

Publié le par Tmnath

Je m'excuse d'avance si vous vous attendiez à trouver un article drôle. Pour mon premier vrai billet sur ce blog, j'aborde quelque chose de vraiment, vraiment pas amusant du tout. Alors si vous n'avez pas franchement envie de lire un truc plutôt sérieux, partez loin et revenez pour l'article suivant qui, je vous le promet, sera moins glauque.

 

*s'éclaircit la voix*

 

"Facebook, pierre tombale 2.0" ou "Le recueillement virtuel"


J'ai volontairement mis un titre accrocheur et c'est bien la seule petite note d'humour que vous trouverez pour le moment.

J'aimerais dans ce billet vous parler d'un phénomène dont j'ai été témoin il y a peu.

Par l'intermédiaire de Mathys L. j'ai découvert un compte Facebook à l'apparence banale. Le profil d'un jeune garçon d'une quinzaine d'année, avec plein d'amis et un grand sourire sur son avatar. Jusque là, je ne me doutais de rien. Mais Mathys m'a indiqué que c'était le compte d'une personne qu'il connaissait, et qu'elle était décédée. Un accident comme il en arrive aux jeunes des dizaines. Cependant, à ce moment, c'était pour moi la première fois que je voyais la page Facebook d'un mort (hormis M. Jackson et autres). Ce n'était pas vraiment choquant dans la mesure où je ne le connaissais pas, c'était juste une constatation. C'est après, lorsque j'ai cliqué pour voir les messages sur son mur, que les choses ont "évolué".

           Se sont étalés devant moi des dizaines et des dizaines de messages de ses amis qui d'une part venaient dire à quel point il leur manquait, mais qui aussi lui parlait à lui, le mort. Je sais que lors de la perte d'un proche, certains refusent d'accepter ça. Ils s'accrochent aux objets de la vie quotidienne qui leur rappellent la personne, aux lieux souvent fréquentés. Ici, en l'occurrence, ils s'accrochaient à la page Facebook. Comme si cette page, ce petit amas de code et de pixel, était un fantôme. Une des dernières façons de communiquer avec la personne. Un lien éctoplasmique. Là encore, ces réactions sont fréquentes. Je ne sais pas si ce qui m'a marqué sur le coup, c'est d'une part que j'ai rarement eu l'occasion d'assister à ce genre de réactions ou alors que je n'avais jamais envisagé Facebook comme un moyen de recueillement. Comme une pierre tombale 2.0. Car c'est bien ça.

 

            Une archive des différentes pensées traversant l'esprit d'une personne endeuillée. Imaginez qu'on place une caméra dans un cimetière, devant une sépulture. On assisterait alors à à peu près la même chose. On verrait la veuve, solitaire, venir s'agenouiller en face de la roche froide, changer les fleurs et raconter dans un monologue d'outre-tombe sa journée à son mari mort en Irak. On apercevrait aussi les parents suivis des enfants qui trainent les pieds, déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du tonton toujours gentil qu'on regrettera. Le père restera un peu plus longtemps, tandis que les autres reviennent vers la voiture déjà, lui se tient encore devant ce qu'il reste de son frère, de son camarade d'enfance. Il essuie une larme puis remonte dans le véhicule. Je m'égare, mais tout ça pour vous dire que là plus qu'ailleurs, on a un concentré de tous les comportements face au deuil . De plus, ce sont des adolescents qui sont concernés, les réactions n'en sont que plus touchantes.

 

       J'ai pu trouver la petite amie, qui raconte sa journée comme mis en exemple ci-avant, qui raconte qu'à chaque fois qu'elle est à tel ou tel endroit elle repense à lui, et qui se considère toujours en couple. On a aussi les amis qui pour la plupart déposent des messages d'amour, des marques d'affection et essaient de prouver à la personne qu'elles pensent encore à elle. Plus marquant peut-être, celui qui dit qu'il va partir en vacances là où il allait tous les ans et que le mort a intérêt à venir, détaillant ensuite tout le programme de ce qu'ils allaient faire comme chaque année.

Des exemples émouvants, il y en a des tas. Peut-être que j'en fais des tonnes pour pas grand chose, mais ça m'a vraiment marqué, la façon dont Facebook peut se transformer. Comment il peut devenir la base de données de petites choses qu'on garde d'habitude pour soi. De moments, de pensées éphémères.

 

Facebook devient utile. Il devient une formidable marque d'amour.

 

Screen complémentaire

Publié dans Billets

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Commenter cet article

kahlan 26/04/2010 23:06


C'est vrai...je ne sais pas si la famille peut faire une requête à facebook, ou un truc du genre...


kahlan 21/04/2010 14:27


En effet, c'est triste, pour un premier billet.
Je suis déjà tombée, il n'y a pas longtemps de cela, d'ailleurs, sur une page facebook de ce genre. Le pire, c'était que tu pouvais lire le dernier statut du mec, qui disait qu'il revenait en moto
chez lui. Il a eu un accident...après, tu as les gens qui lui demandent sur son wall si c'est lui qui est mort dans un accident de moto, parce qu'ils en ont entendu parler et pensé à lui...c'est
assez morbide, quand même.
Mais c'est vrai que d'autre part, ça peut permettre de rendre hommage à la personne. En tout cas, quand tu tombes sur une page comme celle-ci, ça fait un choc. Je me souviens que moi aussi, ça
m'avait remuée.


Tmnath 21/04/2010 15:09



Ah je ne suis donc pas le seul. D'ailleurs je me demande si quelque chose est prévu dans ces cas là, puisque si personne n'a le mot de passe, le profil restera indéfiniment en ligne.