Désir et poudre

Publié le par Tmnath

Un mal de tête insupportable. Les yeux sont fermés, la douleur fait siffler ses oreilles. Il comprime ses paupières pour essayer de renvoyer la brûlure dans les ténèbres. Il respire calmement pendant plusieurs secondes puis réactive son corps. Regagnant ses sensations, il remarque qu'il fait plus froid que lors de son coucher. Il tente en vain de se lever. Il est attaché à une chaise. Il ouvre l'oeil gauche et le referme aussitôt. Une forte lumière l'empêche de se rendre compte de la situation. L'air est humide, glacial. Il habitue sa rétine à la luminosité, prend les mesures de la pièce. Exiguë. De la taille d'une petite salle de bain. Il remue sur sa chaise pour tester ses liens. De lourdes chaînes de fer. Il est étonnamment calme.

Les minutes passent, il ne pense à rien. Il semble attendre un évènement précis. Des pas résonnent de l'autre côté du mur. On ouvre la porte en bois, un homme cagoulé entre. Le captif a le temps d'apercevoir un corps trainé dans le couloir. Le visage en sang, un jeune garçon du même âge que lui. Il frisonne sur sa chaise et semble réaliser sa situation pour la première fois.

 

Le visiteur s'approche de lui, recule un peu la lampe et s'éclaircit la voix. Il débute d'une voix grave, sans émotions. Il cite son nom et commence à évoquer la raison de sa présence.

"- ... c'est pourquoi j'ose espérer que tu comprends ce que nous entreprenons. Tout ceci est dans ton intérêt, mais pas seulement. Nous avons une visée bien plus large qu'un pauvre bougre comme toi prélevé dans la masse. Un changement progressif d'ordre national. Mondial. Nous avons les moyens, nous avons le temps. Mais je t'en prie, mets toi à ton aise. Je préfère faire les choses correctecment."

Il lui détache les mains et prenant soin de laisser ses pieds solidement fixés. Le garçon n'utilise pas cette semi-liberté pour tenter quoi que ce soit. Bien qu'il n'ait pas l'air futé, il ne se risquerait pas contre un adversaire d'une carrure du double de la sienne. Il se masse les poignets par pur réflexe cinématographique, puis lève les yeux sur son hôte. Celui-ci fait les cent pas dans la pièce.

"- Je tiens à être direct : ta "petite copine" se trouve dans la pièce à côté. Je sais que tu ne demanderas pas de preuve, mais je t'ai tout de même apporté son téléphone portable."

Il jette l'appareil sur les genoux du détenu. Celui-ci vérifie les dires et lève des yeux pleins de haine vers son ravisseur. Il n'ouvre pourtant pas la bouche, par peur et par rage.

"- Maintenant que tout est clair, venons-en aux faits. Tu n'as besoin de connaitre ni nos motifs, ni nos motivations. Ce ne sont que des informations superflues, nous nous intéressons simplement à tes réactions. Dans une heure, nous abattrons Alice. D'ici là, je te propose de réfléchir à ceci : 'mérite-t-elle que je me sacrifie pour elle ?'. J'accepterai volontiers de faire un échange. A tout à l'heure."

La voix innexpressive disparait. Le prisonnier fixe la porte. Ses yeux font de rapides mouvements dans tous les sens, signe d'une intense réflexion, ce qui est rare. Sa respiration s'accélère.

 

L'homme entre à nouveau dans la pièce. Il reprend sa position habituelle, et reste silencieux. Le jeune garçon cherche un regard sous la cagoule et décoche d'une voix morte.

"- Faites d'elle ce que vous voulez."

Aucun bruit. Le kidnappeur semble réprimer un soupir de regret.

"- Plus les jours passent et plus je désespère, tu sais. Les sentiments sont tellement à la mode de nos jours."

Il sort. Une détonation retentit à proximité.

 

Au bout de quelques instants, on glisse une clé sous la porte. Le prisonnier se baisse rapidement et défait ses chaines. Il ne réfléchit plus, franchit l'entrée et se retrouve dans un couloir étroit où s'alignent d'autres portes. La cellule de droite est ouverte, il jette un coup d'oeil et y trouve la même configuration que dans sa propre pièce : des chaines abandonnées au pied d'une chaise, et une lampe puissante. Il revient dans le corridor et s'approche de ce qui semble être la sortie. Une petite pancarte attire son attention. "Vous êtes libre. Mais le plus dur est à venir."

De l'autre côté de la porte, il se retrouve dans une pièce aux dimensions semblables aux précédentes. L'éclairage est plus classique, et le lieu possède 2 chaises. Sur l'une d'elles, une jeune fille est assise. Le garçon entre lentement et bégaye.

"- Alice ?"

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Még 12/02/2011 10:56


"Une petite pancarte attire son attention. "Vous êtes libre. Mais le plus dur est à venir." "

Cette phrase m'a donné des frissons.

J'aime!


Khamsou 09/01/2011 14:20


J'aurais pas osé écrire ça... Mais j'en pense la même chose.