Contemplari

Publié le par Tmnath

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7.

 

La fin est proche.

Finalement, c’est arrivé plus vite que ce que j’avais cru. Je n’ai pas eu le temps de m’y préparer, et maintenant je subis. Lili est de plus en plus présente, il me semble. Je n’ai rien demandé, ce fut naturel chez elle. J’aimerais tellement pouvoir lui dire que je l’aime, il faut pourtant que je garde mes forces pour survivre encore un peu. Le borgne, comme j’ai décidé de l’appeler, ne vient que très peu. Il essaye de le cacher, mais je vois bien qu’il est très affecté par ma situation. Ses confidences de l’autre fois nous ont rapproché, et maintenant il est désemparé.

J’ai demandé à ce qu’on m’accorde une faveur. Je vais sûrement passer pour un égoïste, au vu des moyens à déployer, et j’en suis désolé. Je veux revoir la ville.

 

Ils ont finalement accédé à ma requête, je crois que Lili et mon père y sont pour quelque chose. Je n’ai que peu de forces, j’ai donc droit à un beau fauteuil roulant. C’est la première fois que je sors de la chambre depuis … Je ne sais plus. Je traverse l’hôpital comme dans un songe, des formes abstraites défilent sur les côtés, les couloirs s’entortillent. Lili, flamme vacillante, se tient à mes côtés. Elle est mon phare.

 

La position du bâtiment hospitalier est simplement fantastique. Je ne vis pas dans une grande ville, et pourtant j’ai toujours apprécié le côté ancien et chaleureux qui s’en dégageait. Une cité à l’épreuve du temps. Je ne sais pas qui a eu l’idée de construire un centre de soins en haut d’une colline, surplombant la région, mais il a toute ma gratitude. Lorsque les portes s’ouvrent, je ressens. Le vent fouette doucement mon visage, comme si la nature, prise de pitié, me donnait de l’affection. L’odeur de l’herbe, des fleurs, du bitume. Je ferme les yeux, je m’enivre. Le panorama est grandiose, à perte de vue des champs de blés. Au centre, presque trop serrée, ma ville est fidèle au poste. Est-ce un tour de mon imagination, ou un souvenir très puissant ? Quoi qu’il en soit, j’entends. Ma tête extirpe des limbes les films de mon passé. Passe alors le bruissement des feuilles, la danse folle de l’herbe, le chuchotement du vent dans les feuillages, les battements précipités des ailes d’un oiseau apeuré. Je revois des enfants jouer, courir, s’amuser, les discussions idiotes des voisins. Un petit papillon se pose sur le bras du fauteuil. Il semble me regarder pendant quelques secondes, puis repart sans un bruit.

Les larmes me viennent aux yeux. La beauté simple du monde. Je ne puis décrire, à cet instant précis, à quel point j’aimais exister. L’alchimie de mes sensations, présentes et perdues, m’offrait un spectacle que d’ordinaire je ne considérais pas. Tant d’années passées à ne pas voir que c’était dans les plus simples instants que la vie peut être appréciée. Tant d’animation.

 

Je suis apaisé. Pour la dernière fois.

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Khamsou 16/10/2010 15:35


http://www.youtube.com/watch?v=GQSpJfpVHmg