Alba

Publié le par Tmnath

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6.

 

L'hôpital est très calme. La nuit touche à son terme, la plupart des malades dorment encore profondément. Elle s'étire doucement et se dirige à pas feutrés vers l'entrée du bâtiment. Il n'y a pas de meilleur endroit au monde pour assister à une aube. Le vent doux du matin lui transmet un frisson agréable, et tout en prenant une inspiration revigorante, elle assiste à son spectacle de magie préféré. Au loin, bien au-delà de l'horizon visible et imaginable, le soleil glissait au dessus de la ville. Celle-ci semblait remuer, prise de rhumatismes au moment du réveil.

La terre s'éveillait dans sa plus grande simplicité, comme si chaque matin était une purification. Ces instant incarnaient la pureté même, le moment où tout est encore possible et où le monde semble encore à faire. Puis l'astre réalise ce qu'il éclaire et commence sa fuite jusqu'au lendemain.

Elle s'adosse au mur d'enceinte et se tasse sur le sol. Seule, avec un silence d'excellente qualité, que pouvait-elle rêver de mieux. Ce paysage, qu'elle connaissait par coeur désormais, elle ne s'en lassait pas. Elle aimait tant contempler l'origine et la fin de chaque journée, pour les vivre complètement.

Elle ferme les yeux, se laisse envahir par la brise matinale et ne fait qu'un avec l'équilibre de l'atmosphère. Elle fait partie de l'ordre du monde, le comprend, le ressent. Puis elle revient sur le sol froid, pour constater qu'on l'observe. Un homme se tient à son exact opposé, mais il ne la regarde pas. Il semble fasciné par le lever du soleil, qu'il observe comme pour le comprendre.

- Cela ne marche pas comme ça, vous savez.

Il sourit, puis répond sans la regarder.

- Je suis novice dans ce genre de choses. Je n'ai aucun mal à apprécier la beauté de la chose, mais vous, vous donniez l'air d'être complice de tout ça, de le vivre de l'intérieur.

Elle prend un air étonné, et répond en se grattant le nez.

- Ce n'est pas vraiment quelque chose qui s'apprend. Vous le ressentez, ou pas. Je ne saurais expliquer, mais ça fait du bien.

- Si seulement le monde pouvait être aussi simple.

Il se frictionne les bras, et elle remarque alors le côté droit de son visage.

- Je serai une bien mauvaise infirmière si je ne vous demandais pas de retourner dans votre chambre. Je vais venir refaire votre pansement.

- A vos ordres, de toute façon je n'ai pas envie que vous me couriez après, je n'ai pas apporté de quoi filmer.

Il fait un tour sur lui même puis emprunte les portes automatiques.

A nouveau seule.

 

Elle aime la solitude. Non pas qu'elle abhorre le contact humain, mais il lui faut le juste équilibre entre les deux. Une asociabilité incomplète assumée. Elle n'a jamais réussi à apprécier un paysage comme celui-ci en présence de quelqu'un d'autre, ou en tout cas rencontré une personne capable d'être bien à la simple vu de la vie elle-même, qui se déployait ici chaque matin.

Elle se relève finalement, ne pouvant faire durer trop longtemps une pause pour de tels motifs. Une autre infirmière attrape son regard à son retour pour lui signaler le début d'une conversation.

- Le jeune garçon de la chambre 42 n'en a plus pour très longtemps. On dirait qu'il l'a senti, il nous a demandé une dernière faveur. Il veut revoir une dernière fois la ville.

Publié dans Écriture

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Khamsou 13/10/2010 14:45


J'aime, comme d'habitude !

La contemplation, c'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal à exprimer mais tu t'es plutôt bien débrouillé, bien joué !

Sinon, le thème "général", c'est l'hôpital ? :O


Tmnath 13/10/2010 17:08



C'est l'hôpital parce que c'est là que les personnages se trouvent pour le moment :)


Quant à la contemplation, j'ai eu du mal à trouver les mots aussi.